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jeudi 24 janvier 2008

EN HOMMAGE

Reconnaître la vie serait n'y pas toucher
De peur d'y abimer ce qui éternel est!
Voici en quelques mots le plus grand des secrets :
Pas un geste à ne faire que tu n'ais mesuré,
Pas une parole à dire qui n'ait été pesée,
Pas une pensée à naître que parce que tolérée,
Dans le plus grand amour et dans le spontané.
Cela est vite dit, le plus long reste à faire!
Mais vous avez compris que l'on va vers le Père.
Surtout, comme dit l'Epitre, qu'en dehors rien ne sert.
Mais savez-vous aussi qu'dans notr'pomme y'a un ver,
Ce qui nous ferait croire que tout va de travers.
Il faut que je vous conte : Un jour j'ai découvert
Un homme qui vivait nu dans une grotte sous terre.
Je voulus partager, pour soulager misère,
Ce que contient besace du pauvre moi qui erre.
Voici ce qu'il m'a dit, en regardant en l'air :
Par toi, ami qui passe, Mère Divine compatit
Au besoin de ce corps que le Seigneur confie.
Amusé, intrigué, ma bouche répondit :
Ainsi, Dieu, vous croyez que chacun vraiment est ?
Qui crois-tu que tu es, ignorant et distrait,
Qui va chercher si loin cela qui est si près ?
C'est ainsi qu'un moment que croyais m'arrêter,
Ce fut bientôt le temps que je ne vis passer.
Il paraît que cela se nomme éternité.
Enfin toujours est-il, cela mène à la paix!
Me voici aujourd'hui dévoilant mes histoires,
Peut-être direz-vous cela n'a rien à voir,
Cet homme n'est qu'un fou, je ne veux rien y croire.
Je sais les doutes, les peines, nous sommes la même histoire,
Ecrit, dit et redit, aveugle, sourd, on est.
Pourtant c'est un état qu'il nous faudrait quitter.
Il n'y a plus de doute lorsque l'on est guidé.
J'ajouterais encore : n'écoutez vos pensées,
Laissez les en dehors pour voir réalité,
Elles vous font bien du tort, c'est toute la vérité.
On le soupçonnerait de vivre bien caché,
Il est vrai qu'aujourd'hui celui qui ne parait,
Critiqué, rejeté, toute sa vie est ratée.
C'est nier le secret : pas de traces laisser!
Riez si vous voulez, je veux m'y essayer!
De plus belle vous riez, prétentieux je parais.
N'empêche que personne ne pourrait arrêter,
Car c'est bien, il me semble, un jeu téléguidé.
Le vacarme de vos rires ne fait que s'amplifier,
Vos esprits détraqués n'aiment pas simplifier,
C'est un mécanicien qu'il vous faudrait trouver,
Peut être est-ce le pire, il faut tout vérifier.
Qu'à cela tienne à dire, cet homme j'ai trouvé,
Anachorète en grec, ou ermite en français,
Sculpteur puis moine il fut, recherchant l'unité.
Les gens trop ordinaires l'avaient donc ignoré,
La nature bienveillante, elle, l'avait accepté.
La regardant agir, il agit de même, et,
Observance, bienveillance, telle fut sa connaissance.
Ne se dérangea point pour les gens d'ignorance,
Médisance, malveillance, et donc d'impuissance.
Il connaissait trop bien ses limtes et les leurs,
Et laissait à chacun de découvrir son heure
Qui le conduirait bien jusque vers sa demeure.
Non troublé dans sa tête, alors il pouvait être,
"To be or not to be", vous comprendrez peut être!
Sachant qu'il n'était rien, il put accepter tout.
N'appartenant à rien, il fut maître de tout,
Ne tuant, ni blessant, il voyait vivre tout.
La nature, consentante, se mit à ses genoux,
Témoignant de plus belle du bonheur d'être un doux.
Son message était simple, c'est l'évidence même :
Voilà celui qui aime qui se connait soi même.
Dédaigné des esprits, un peu trop compliqués,
Qui confondent sottise avec simplicité,
Il fut mis à l'écart et devint perle rare.
Justement il disait que pour voir la lumière,
Il fallait y laisser un peu toutes ses affaires.
On se croit condamné, et la souffrance nait,
Voilà ce qui arrive, si l'on est séparé
De ces choses qui meurent, mais à quoi l'on tenait,
Comme un enfant pleurant, découvre soudainement
Ce double désarroi que d'être sans maman.
Et l'on s'en va cherchant, bientôt devenu grand,
De ci de là quêtant, lâchons le mot jouissant,
Certains clopin-clopant, et les autres galopants,
La fin toujours étant de se casser les dents.
Un enfer inquiètant, voilà mon sentiment!
La Fontaine, un concurrent, eut dit auparavant,
Ah, tiens, voici traize pieds, remarquez en passant,
Des fois qu'un vrai poête m'arrêt'rait au tournant!
La Fontaine disais-je, eut écrit en riant :
Rien ne sert de mourir, il faut freiner à temps!
Si ce style est cocasse, il est pas bien méchant,
Peut être ça vous relaxe, la détente important!
Mais faut que je vous laisse, car pour moi il est temps
De reprendre besace, et puis chemin faisant,
User toutes mes godasses, comme un vieux paysan,
Sachant que l'important, c'est de vivre le présent,
Tout le reste est bavasse, je suis un mécréant.
A Dieu, on s'embrasse, tous en paix, souriants.
Ecrit à Shantivanam en 81

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Remarquable poème à la manière de...
Daniel

mabes a dit…

"Sachant qu'il n'était rien, il put accepter tout." : super, merci

martine a dit…

Divin !
Cristallin !