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mercredi 23 janvier 2008

DANS LA GROTTE

Je découvrais au fil des jours la vie de Frère Antoine, ou l'avis, mais plutôt sa façon de voir le monde.
Tout était la Mère Divine. Ce qui pouvait paraître agréable ou désagréable était Elle. Il racontait cela à travers des histoires écrites sur des feuillets, que l'on pouvait lire dans sa grotte et les deux autres toutes petites qui servaient à recevoir des hôtes de passage.
Influencé par la vie monastique, il y avait beaucoup de référence à la tradition chrétienne. Mais sa destinée lui fit rencontrer Arnaud, l'Inde, et finallement dépasser la notion de dépendance à un dogme. Il est dans la lignée du Père Le Saux qui franchit le grand pas en Inde, pour s'immerger dans l'au delà de tout, y compris de sa propre tradition. Certaines de ses histoires étaient d'ailleurs des piques vis à vis de l'Eglise en tant qu'institution. En voici une :
"Que les prêtres s'interrogent quand ils font leur messe indispensable et passent le reste de la journée à ronchonner...Mais celui qui ne communie jamais eucharistiquement parce qu'il ignore ce genre de communion, ou parce qu'il n'en voit pas l'intérêt, mais qui s'abandonne entre les bras de la Providence...titi, tata...bibi...c'est moi!"
Au retour de son premier voyage en Inde (un an je crois), alors qu'il venait juste de commencer sa vie d' ermite, et après avoir vécu une vraie expérience d'abandon et de confiance dans le divin, il débarqua à Orly, habillé en sadhu avec quelques affaires dans un drap. Il avait l'adresse d'Arnaud à Paris, mais pas un sou pour y aller.
Il se dit : "Je vais faire comme en Inde, laissons faire la Mère Divine, elle sait mieux que moi ce qui me convient." Au bout d'un moment, une femme, intriguée par cet homme habillé à l'indienne et assis par terre, s'approcha de lui et lui demanda ce qu'il attendait. Il dit où il voulait aller mais qu'il n'avait pas d'argent. La dame lui répondit : "Ca tombe bien, j'habite dans cette rue, je vous emmène!"
Après avoir cru que ce genre de coincidences ne se passait qu'en Inde, il comprit que Dieu est partout si on s'abandonne complètement.
Ce genre d'histoires nourrissait bien sur mon coté mystique. Mais il n'a pas manqué non plus de me froisser l'ego à divers moments. "Les vieux sont attachés à leurs biens matériels, les jeunes à leurs idées."
J'étais végétarien pur et dur, il me dit : "Jésus a dit : ce qui importe ce n'est pas ce qui rentre dans la bouche, mais ce qui en sort."
J'étais rebelle, marginal, objecteur de conscience, il me parla de la loi.
J'ai gardé un carnet de mes notes dans la grotte, loin d'imaginer qu'un jour j'en sortirais quelques lignes.
Cette expérience de vie comblait une demande que je connaissais mal en fait, et me fit toucher du doigt une réalité qui allait prendre corps au fil des années.
Il avait réécrit le Tao à sa manière, qu'il avait renommé Le Principe. J'en recopiais quelques chapitres chaque jour sur un carnet, me disant que lorsque ce serait fini je reprendrais la route.

Si vous voulez en savoir plus sur Frère Antoine, outre le fait de le rencontrer, il y a plusieurs livres qui lui sont consacrés : La voie du rocher, Une bouffée d'ermite (La Table Ronde), Au coeur de la grotte (Ed. du Relié), et Le Paradis c'est ici (Presses du Châtelet).
Sa vie est consacrée à la prière, ou à la méditation, et à l'accueil de ceux qui montent, la Mère Divine s'occupe du reste comme il dit. Et il n'a jamais manqué de rien. Mais il est rigoureux dans sa pratique, se levant la nuit pour s'unir en silence avec la Mère divine.








5 commentaires:

Anonyme a dit…

Tout ce que tu racontes du Frère Antoine fit effectivement penser au Père Le Seaux que je lis actuellement.
Merci de ton témoignage.
Daniel

soisic a dit…

j'avais apprécié il y a quelques temps 'Une bouffée d'ermite 'je suis heureuse de voir le visage de Frère Antoine grace à vous

mabes a dit…

voilà un visage qui m'inspire ! Merci

Julie a dit…

Merci pour le partage !

martine a dit…

Ce partage est fort... Aucun commentaire ! MERCI