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vendredi 5 août 2022

Trop de qualités nuisent ...

Qui n'a pas été complexé enfant ou adolescent?
Un jour j'ai découvert mon nez de profil, il était grand, dans le prolongement du front, tout bonnement horrible, insupportable. Dès que je voyais une fille je faisais tout pour le cacher avec mes mains. Les oreilles aussi n'allaient pas, genre feuilles de chou... Je regardais avec envie les ados avec des visages qui me semblaient plus acceptables. Une forme d'enfer par moments. J'étais bon en sport, développais mes muscles, mais n'était-ce pas une compensation quelque part? Comme l'humour, qui est une sorte de pouvoir, mais qui peut cacher un aspect que l'on ne veut pas montrer.
Enfant, adolescent, on se compare vite, éducation à la compétition, à la sélection, où l'on met en évidence des pseudos qualités et où l'on descend les défauts, les mochetés. Les jeunes sont facilement méchants, la bonté est quasiment mal vue, en tout cas à mon époque.

Aujourd'hui la culture de l'apparence crée certainement beaucoup de gens mal dans leur peau. Quand on voit la croissance de la chirurgie esthétique...
Notre société de l'avoir, de la consommation, crée de la frustration en puissance, et donc des gens malheureux, insatisfaits. 
On voudrait être beau, riche, intelligent, reconnu... Mais sont-ils plus heureux ces gens qui ont tout pour l'être? Non, assurément.


Si on regarde l'aspect spirituel, ces soi-disant qualités sont même nuisibles! Pourquoi? Parce qu'on s'y attache. Les riches sont en général égoïstes, la beauté ne dure pas, nul ne fait l'unanimité, le pouvoir fait des jaloux et rend méfiant, etc, etc...
Jésus dit qu'il est plus difficile à un homme riche de rentrer au Royaume des Cieux qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille. 


Et tout est à l'avenant : ce qui est plaisant pour l'ego sera d'autant plus difficile à dépasser au niveau spirituel. Le détachement, la désidentification, sont les conditions indispensables à la liberté totale. Vivre au niveau du coeur ne nécessite rien qui ne nous coûte de perdre.
Cela ne veut pas dire que les pauvres et les gens "moches" ont plus de chance. Mais si on regarde bien, on constate qu'un certain nombre de sages n'avaient pas de culture, ne savaient parfois même pas lire, et parmi les plus grands en Inde. Alors les bardés de diplômes, les beaux parleurs, les qui savent tout...

Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers.
Bienheureux les simples d'esprit car le Royaume des cieux est à eux.
Bienheureux les coeurs purs car ils verront Dieu.
(Matthieu)

mercredi 6 juillet 2022

Branché?


 Je me souviens quand j'étais adolescent, j'avais gagné une mini K7 à un jeu. J'avais enregistré quelques chansons, Ray Charles, les Beatles, que j'écoutais religieusement car je n'avais pas de tourne disques. Une fois j'avais emmené l'appareil avec moi en ballade pour enregistrer le bruit de la mer, et bien sûr j'avais écouté quelques chansons en chemin. Mais ce ne devint jamais une habitude. 
Bien des années plus tard apparurent des jeunes avec d'énormes appareils radio - K7, se promenant en groupes et faisant profiter au plus grand nombre de leur musique rythmée. Puis ce fut les lecteurs CD portables avec écouteurs aux oreilles. Ils étaient marcheurs, joggers, patineurs, seuls surtout... J'ai toujours eu l'impression qu'ils s'étaient coupés du monde, et vivaient dans une bulle, à part. Les appareils sont devenus de plus en plus petits, discrets, pour ne plus voir que des fils pendant aux oreilles. Et puis les portables sont arrivés... Parfois je compte le nombre de personnes autour de moi branchées sur son téléphone, c'est effarant! Bien sûr il faut  être vieux comme moi pour dire des choses pareilles. Mais attendez un peu, j'ai vu pire. 


Vous avez déjà vu un "paddle"? Ce sont comme des planches à voile, mais sans rien, juste une planche assez large pour rester stable, et vous êtes debout avec une pagaie. C'est la grande mode sur les plans d'eau depuis quelques années. L'autre jour, alors que je me promenais au bord de la mer avec des amis, j'entends de la musique venant du large. Je découvre un couple, chacun sur son paddle, dont l'un avec sa musique aux oreilles, mais qui portait bien plus loin. J'étais abasourdi. Comment peut-on se fuir à ce point? Né au bord de la mer, ayant passé des heures et des heures à la contempler depuis l'enfance, j'avoue ne pas comprendre que beaucoup en arrivent là.
La technologie branchée est partout. Depuis quelques années déjà, les coureurs cyclistes portent des oreillettes les reliant à leur directeur sportif, qui les informent de tout ce qui se passe durant la course, quand rester tranquille et quand attaquer. Sur les gros bateaux de course, en particulier les trimarans capables de voler sur leurs foils, ils vont tellement vite, il y a tellement de bruit, que l'équipage porte aussi des casques ou des oreillettes avec micro pour communiquer.
L'homme est devenu prisonnier de la technologie et a perdu le lien avec la vraie vie, avec sa profondeur. Quelle tristesse! 



jeudi 23 juin 2022

Quand commence la pensée?



         L'idée même qu'il faut être sans pensées est une pensée.

                                                                   Lama Guendune

C'est assez fascinant de découvrir la "réalité" des pensées, jusqu'où elles s'insinuent et comment elles nous manipulent en nous y identifiant. Observer en revenant à soi-même, encore et encore...

samedi 18 juin 2022

A propos de la souffrance

Ces derniers mois j'ai eu l'occasion de faire appel à une couturière. Il s'agit d'une dame très sensible, qui ressent les gens avant de les connaître, voire même de les rencontrer, la voix au téléphone lui suffisant. C'est ce qu'elle m'a dit. Ainsi elle a commencé à me parler comme si elle me connaissait depuis longtemps. Les sujets abordés sont liés à la profondeur de l'humain. Sans l'avoir prémédité, j'ai eu plusieurs fois besoin de ses services, entraînant à chaque fois une discussion. Ce matin on a parlé de la souffrance, qui peut être un moyen, voire une nécessité, pour se poser des questions et évoluer vers plus de conscience. Nous parlions à partir de notre propre exemple.

Juste avant j'étais chez le kiné. Avant la séance la secrétaire me demande ma carte Vital pour faire le point. Sortir ou rentrer ce genre de carte de mon portefeuille me prend toujours un certain temps suite à mon handicap au bras droit et à ma main crispée. Elle me propose de l'aide. Je refuse poliment lui expliquant que je dois le faire comme un exercice, même si c'est lent, ce qui ne me dérange pas. Elle me dit alors qu'elle sait ce que c'est, car sa fille est handicapée, et aveugle ajoute t'elle! Je lui demande si c'est de naissance. Non, elle est née avec un "trou" dans le cerveau, mais normale pour sa vie quotidienne. Mais il a fallu l'opérer à l'âge de 18 ans. L'opération déclencha une réaction dans le cerveau, elle provoqua la cécité et une paraplégie. Mon Dieu, vous imaginez? Pour cette fille, pour sa mère... L'assistance, la dépendance, et la souffrance bien sûr. J'avais remarqué depuis le début que cette femme avait le visage marqué par la vie, comme une tristesse permanente. Sa fille avait 36 ans maintenant, et s'était marié avec son professeur de Braille, plus âgé qu'elle, et aveugle lui aussi. Comme quoi... Je me suis senti plein d'empathie pour elle et lui ai fait comprendre. Franchement ma situation est tellement plus confortable. Je n'ai pas le droit de me plaindre, et cet exemple est un rappel.

On vient d'apprendre la mort de Jean Louis Trintignant, et il y avait ce soir un reportage sur sa vie. Lui et sa femme Nadine ont perdu une petite fille, alors bébé. Il s'en est suivi plusieurs mois de réclusion pour survivre à ce drame épouvantable, et dépasser l'idée de suicide. Ils avaient déjà une fille, Marie, qui mourra à 41 ans suite aux coups de son compagnon, ce qui fit la une des journaux. Il adorait sa fille, et ils avaient joué ensemble au théâtre, déclamant des poèmes d'amour d'Apolinaire. Là encore la souffrance l'a envahi, meurtri. La poésie l'a aidé à s'en sortir. Il ne semblait pas avoir la fibre spirituelle, bien qu'habitant Uzès, à quelques kilomètres de l'ashram d'Arnaud Desjardins! Là encore, quel destin! Mais il y a des gens qui ont vécu pire, et ont dépassé leur souffrance, j'en connais.

Jean Louis Trintignant citait cette phrase de Prévert :

Essayons d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple.

lundi 13 juin 2022

Témoin

 A force de développer le témoin,

t'es moins!