Lorsque surgit cette forme d'évidence que mon propos suivant, mon action suivante ne
viennent pas d'un contrôleur qui serait localisé quelque part dans ma tête, mais qui découle du
phénomène de « la plus grande pente », comme le flot d'un torrent qui dévale une montagne,
c'est un moment parfois difficile.
Le « moi » en prend un coup. Cela demande - dans un premier temps - une forme de courage
pour admettre cette impuissance. C'est pénible, très pénible tout d'un coup, de réaliser que toute
ma vie, j'ai été le jouet d'une l'illusion. Je me croyais aux commandes de ma vie, mais il n'en
était rien ! J'avais l'impression d'avoir voix au chapitre, d'être indépendant, d'avoir les clefs du
camion et je découvre maintenant que je suis en fait complètement dépendant des circonstances,
qu'elles soient d'ailleurs positives ou négatives.
Je ne peux ni me glorifier ni me critiquer... Quand tout marche comme je l’entends, c’est parfait
et c’est un concours de circonstances, ce n’est rien de personnel. Quand tout marche de travers,
donc pas du tout comme je l’entends, c’est aussi un concours de l’instant, et ce n’est rien de
personnel. C’est à la fois incroyablement libérateur et incroyablement effrayant. Le vécu qui va
se vivre à partir de ce moment de clarté dépend de notre état d’esprit, de notre terrain également.
C'est ici qu'il est essentiel de ne tirer aucune conclusion finale et définitive. Il faut laisser
décanter, et refaire si besoin pour être sûr cette exploration encore et encore pour que
l'évidence s'installe tranquillement. Sinon, c'est la déprime assurée... un passage à vide digne
de la « nuit noire de l'âme » de Saint-Jean de la Croix : « Mais comment donc ? Je me sens
effectivement « déconnecté » mais pas de la manière que je croyais : je ne serais qu'une
marionnette ? Une sorte de fantôme qui se contente de faire partie de l'histoire qui se déroule,
sans que j’aie mon mot à dire sur quoique ce soit ? C'est-à-dire sans « moi !» Et le comble de
l'horreur : « Je - donc moi - n'ai jamais rien fait tout au long de ma vie ! »
Pour être tout à fait franc, je suis passé par là et me suis fourvoyé un pe@t moment... J'étais allé
bien trop vite dans mes conclusions. Ici, il s'agit donc de garder tout son courage et sa détermina-
tion pour la suite de l'exploration du libre arbitre. Car il y a une suite, comme dans Netflix !
Donc je remets la marionnette dans le tiroir – quitte à la ressortir éventuellement plus tard - et
j’y retourne, la joie au coeur ! Je reprends l'investigation et je prends une action. N'importe
laquelle de cette vie quotidienne, comme par exemple celle d'aller acheter une baguette de
pain à la boulangerie du coin - et pourquoi pas y rencontrer la femme de ma vie ou bien mon
pire ennemi ? Cette action est-elle le résultat d'une impulsion qui serait l'impulsion de « ma »
décision ? Ou bien cette action est le résultat d'une infinité de collaborations de l'univers
entier ? »
La question laisse pantois, n'est-ce pas ? Essayons d’en mesurer les implications. Quand
j'examine cette action sous toutes les coutures, je constate que s'il n'y avait pas eu la colla-
boration totale de la totalité de l'univers à travers l'espace et le temps - on pourrait retourner
jusqu'aux temps des dinosaures, et bien sûr au-delà encore - l'action d'aller à la boulangerie
n'aurait jamais eu lieu ! Il a ainsi fallu une forme de « conspiration » pour que j'aille chercher
du pain à la boulangerie qui se trouve dans ma rue, là où j'habite, à telle heure, minute, seconde,
du jour et non à une autre heure, et que j'y rencontre l'âme soeur, ou mon pire ennemi...
C'est en fait une forme de complot divin qui permet donc aux événements de se manifester !
Ce qui est renversant est que tout, mais vraiment tout, est comme ça. C'est toujours un complot
divin. Ce n'est pas parce que je suis spécial ou parce que qui que ce soit est spécial. La glace
à la fraise qui fond dans ma bouche, c'est un complot divin. Le chant d'un oiseau, un muscle
douloureux, un envol de papillons, la vaisselle qui s'amoncelle dans l'évier, la perte de mes
lunettes de soleil, le linge qui flotte au vent, la couleur de mon canapé, la sonnette de ma
bicyclette, la peur des serpents quand la nuit tombe, le gaz à effet de serre, le réchauffement
climatique, la piqûre de moustique, le sourire d’un inconnu, la rage de dents, le vol de mon
porte-monnaie, un malentendu, une trahison, un accident, les poubelles à sortir les mercredis
et samedis matin, le soleil qui brille....
Vous voyez où je veux en venir : c’est le miracle permanent de l’instant ! Rien n'y échappe, c'est
toujours, toujours, un complot divin au final, un enchaînement de circonstances... Et donc une
possibilité de vivre une vie ordinaire en paix, sans y trouver rien de particulièrement perturbant,
puisqu'il s'agit d'un complot divin et non de l'oeuvre personnelle de quelqu'un de bien intentionné
ou de mal intentionné. C'est bien l'effet de la plus grande pente... et l'histoire n'a rien de personnel.
Au revoir la souffrance émotionnelle et psychologique ! Il peut certes y avoir douleur, mais
jamais plus de souffrance. Et cela n’empêche bien sûr aucune action spécifique pour modifier et
améliorer de notre point de vue le cours de la vie, pour l’orienter. Mais il faut aussi admettre
que ces actions font aussi partie de ce même complot !
Pour une action particulière, il y a des ramifications incroyables et ses ramifications sont
toujours, toujours, toujours infinies. La vie est ce qu'elle est, une série d'existence et d'incidents
qui s'entrecroisent que personne ne peut maîtriser. On peut tout de suite voir que pour
qu'apparaisse chaque élément de l'histoire, il faut des ramifications infinies qui elles-mêmes
comportent des éléments qui ont des ramifications infinies, etc. C'est fascinant, n'est-ce pas ?