Un
jour, une chenille entendit le son des ailes d’un papillon juste au
dessus d’elle. Elle leva la tête, et elle aperçut un beau
papillon qui virevoltait joyeusement dans les airs, opérant une
sorte de grande spirale autour d’elle…
« Oh,
comme j’aimerais être aussi libre de voler dans les airs »
se dit-elle tristement. A ce moment précis, un rouge-gorge piqua à
une allure folle et avala d’une bouchée le beau papillon.
« Finalement,
je ne m’en sors pas si mal » se réjouit la chenille.
Un
grive se tenait immobile juste derrière elle, et elle n’eut pas le
temps de sentir qu’elle était engloutie dans le bec de l’oiseau.
L’arbre
que rongeait la chenille se félicita de sa disparition, et se dit
qu’il allait faire une belle fête avec ses amies les branches et
les feuilles. « Quelle joie, s’exclamèrent feuilles et
branches en un élan enthousiaste… enfin la paix ! »
Un
homme qui passait par là, une hache sur l’épaule, jaugea l’arbre,
et en se frottant le menton se dit que c’était exactement ce qu’il
lui fallait. Il leva sa hache, et en quelques coups bien portés, le
gaillard avait l’habitude, il coupa l’arbre, et il n’entendit
pas les cris d’effroi et de douleur des branches et des feuilles.
Un petit serpent avait été délogé dans la chute de l’arbre où
il se reposait, et fort courroucé, il chercha le responsable de ce
dérangement. Il ut vite fait de voir notre bûcheron, de se glisser
jusqu’à lui, et de le mordre au mollet avant de s’échapper. Le
bûcheron sentit la douleur de la morsure, mais il ne vit pas le
serpent s’éloigner, alors il ne comprit pas qu’il avait été
mordu, malgré les deux petites traces de crocs sur son mollet… Il
eut le temps de retourner jusqu’à sa cabane en traînant l’arbre,
et alors qu’il commençait à le débiter, il s’écroula, raide
mort. Son vieux chien s’approcha, jappa, pleura, puis se coucha
tout contre lui.
Quelques
jours plus tard, alors que le corps du bûcheron se décomposait et
commençait à vraiment puer, le brave chien renonça à mourir près
de son maître, après tout cette carcasse puante en décomposition
n’avait pas grand-chose à voir avec son maître, alors il commença
à le dévorer. Il faut dire qu’il n’avait plus rien à manger.
Tout
la haut, des vautours planaient en cercles autour de la scène
attendant que le chien veuille bien partager une part de son festin…
La
femme et le fils du bûcheron rentraient d’une visite à la famille
en ville, et quand ils virent ce qu’ils virent, leur sang ne fit
qu’un tour : le fils alla chercher son fusil, et il commença
par abattre le chien avant de viser les vautours.
La
vermine qui grouillait dans le corps du bûcheron se délectait et
proliférait…
Et
ainsi va la vie phénoménale…
Un
poète assis sous un arbre, une guitare dans les mains chantait :
« Il
reste la morsure du rêve
Dernier
rempart contre la mort. »
Marc Marciszewer : Voyage vers le soi en Orient et en Occident

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