Depuis l'accident, un certain nombre de personnes m'ont souhaité du courage pour la suite de ce qu'il me reste à vivre, ils m'ont juste dit "courage", comme ça, au moment de l'au revoir, mais c'est ce que ça voulait dire. Une autre me l'a dit par mail en faisant un rapport avec la difficulté de l'acceptation...
Je me suis dit qu'il fallait éclaircir le sujet car je ne me sens pas particulièrement courageux, mais plutôt déterminé.
Que dit Internet sur le sujet?
COURAGE :
- Fermeté, force morale face aux épreuves, au danger et à la souffrance. Synonyme : bravoure.
- Ardeur, énergie, zèle.
Le mot lui même vient de coeur, et pour moi cela supprime toute idée de force, de volonté, d'effort. La bravoure renvoie à l'héroïsme quelque part, au sur-homme. C'est autre chose.
Le mot vertu me plait bien, Je regarde l'étymologie, et trouve : force virile (vir), homme, mais avec l'idée de valeur, discipline... Le mot vertu est complexe, il touche la morale, la philosophie.
Je garde la notion d'une énergie particulière dans l'adversité, il y a l'idée de dépassement dans une situation difficile. Mais d'où vient le courage, est-il déjà là en potentiel, va t-on le chercher quelque part, nous tombe t-il dessus comme une grâce soudaine? Je lis qu'en psychologie, le courage est considéré comme un trait de caractère. Si c'est un acquis, il n'y a pas d'effort, pas de mérite. Pas si simple en vérité. Si on cherche le contraire de courage, on pense à lâcheté, ce qui est très fort comme notion. Effectivement, où se situe t-on?
Confucius dit à peu près ceci à savoir que le courage consiste à faire ce qui est juste. J'aime bien cette notion qui fait appel à une certaine maturité.
Chögyam Trungpa dit que dans la tradition Shambhala, c'est en travaillant la vulnérabilité du coeur humain qu'on découvre le courage.
Tout cela reste subtil, qu'est-ce qui relève de nous, qu'est-ce qui n'en relève pas? Oui, du courage demande de l'énergie, un esprit guerrier finalement, ne pas baisser les bras en fait... Mais à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, on n'a pas idée de ce qui est possible tant qu'on n'y est pas confronté.
Je sais que je ne baisserai pas les bras, j'aime bien ce que disent Confucius et Trungpa. Je ne parlerai pas de courage à mon égard, tout en remerciant ceux qui m'en souhaitent, mais je sais que je me sens plus proche de mon coeur, et qu'il est vulnérable. Je fais des efforts aussi pour aller de l'avant, tout en me sentant fragile, c'est tout...
Partager des moments de vie, des petits riens, des grands tout, oser l'authentique...
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samedi 9 juillet 2016
dimanche 26 juin 2016
Un an après
On ne sait pas ce qui nous attend au coin de la rue...
Il y a un an, il n'y avait pas de rue, et donc pas de coin, juste l'espace ouvert sur l'horizon.
Ce sentiment immense de liberté qui m'a donné envie de courir, de sauter.
Un moment de bonheur.
Puis tout s'arrête. Plus de mouvement, plus de vie, ou si peu, plus de mémoire, plus d'espace, Tout s'est recroquevillé en une seconde, il suffit d'une seconde!
Le saut de trop peut être, mais y a t-il un "trop" quand on consacre sa vie à l'apprentissage de la non discussion à ce qui est.
L'hôpital, le constat des dégâts, qui sont graves puisque le diagnostic est une tétraplégie, mais avec un possible. Mon corps ne bouge quasiment pas, mais il reste vivant, sensible. Jamais je n'ai désespéré. Surtout rester dans le présent, puisque dans ma tête, ça allait. L'équipe soignante autour de moi était agréable, sympathique. Je riais tous les jours, comme rarement, malgré la minerve. Je ne me plaignais pas, je n'étais pas dans les regrets, le mental me foutait la paix. Vraiment c'était ainsi. Bien sûr j'ai pleuré, je me sentais si petit, si démuni, si fragile, allais-je tenir?
J'ai eu de l'aide : mon amie qui n'a jamais failli, et puis la progression même de la convalescence. Sans rentrer dans les détails, il y a eu des seuils que j'ai pu franchir sans problèmes.
Il y eut des premières fois, il n'y a plus que ça à vivre. Le premier lever sur mes jambes, enfin presque, le premier vrai debout, les premiers pas soutenus, les premiers pas seul, avec une canne, puis sans canne. Depuis un mois bientôt je vais faire quelques courses tout seul au supermarché du village. Je demande de l'aide au besoin. J'ai un nouveau statut...
J'ai beaucoup de chance dans cette aventure dramatique, je remarche d'une part, et j'ai toujours une marge de progression, alors qu'il y a tant d'accidentés ou de malades qui resteront sur un fauteuil roulant. Il faut des années pour accepter son sort.
Aujourd'hui tout est lent, minimaliste, mais la vie continue. Ne pas s'identifier à son corps n'est pas facile, mais c'est ce qu'il m'est proposé.
Je pense randonnées, remonter sur un vélo, refaire du bateau un jour, qui sait...
On verra dans un an.
Il y a un an, il n'y avait pas de rue, et donc pas de coin, juste l'espace ouvert sur l'horizon.
Ce sentiment immense de liberté qui m'a donné envie de courir, de sauter.
Un moment de bonheur.
Puis tout s'arrête. Plus de mouvement, plus de vie, ou si peu, plus de mémoire, plus d'espace, Tout s'est recroquevillé en une seconde, il suffit d'une seconde!
Le saut de trop peut être, mais y a t-il un "trop" quand on consacre sa vie à l'apprentissage de la non discussion à ce qui est.
L'hôpital, le constat des dégâts, qui sont graves puisque le diagnostic est une tétraplégie, mais avec un possible. Mon corps ne bouge quasiment pas, mais il reste vivant, sensible. Jamais je n'ai désespéré. Surtout rester dans le présent, puisque dans ma tête, ça allait. L'équipe soignante autour de moi était agréable, sympathique. Je riais tous les jours, comme rarement, malgré la minerve. Je ne me plaignais pas, je n'étais pas dans les regrets, le mental me foutait la paix. Vraiment c'était ainsi. Bien sûr j'ai pleuré, je me sentais si petit, si démuni, si fragile, allais-je tenir?
J'ai eu de l'aide : mon amie qui n'a jamais failli, et puis la progression même de la convalescence. Sans rentrer dans les détails, il y a eu des seuils que j'ai pu franchir sans problèmes.
Il y eut des premières fois, il n'y a plus que ça à vivre. Le premier lever sur mes jambes, enfin presque, le premier vrai debout, les premiers pas soutenus, les premiers pas seul, avec une canne, puis sans canne. Depuis un mois bientôt je vais faire quelques courses tout seul au supermarché du village. Je demande de l'aide au besoin. J'ai un nouveau statut...
J'ai beaucoup de chance dans cette aventure dramatique, je remarche d'une part, et j'ai toujours une marge de progression, alors qu'il y a tant d'accidentés ou de malades qui resteront sur un fauteuil roulant. Il faut des années pour accepter son sort.
Aujourd'hui tout est lent, minimaliste, mais la vie continue. Ne pas s'identifier à son corps n'est pas facile, mais c'est ce qu'il m'est proposé.
Je pense randonnées, remonter sur un vélo, refaire du bateau un jour, qui sait...
On verra dans un an.
jeudi 23 juin 2016
Se jeter dans le tout
Avec un jour d'avance, je découvre que c'est l'anniversaire de la naissance de Saint Jean de la Croix, en découvrant une citation dans un livre d'Yvan Amar.
Celui qui s'arrête en quelque chose cesse de se jeter dans le tout
dimanche 19 juin 2016
Le long de l'océan
Il y a un an, le 25 juin, j'avais parlé du projet d'un périple à pied le long de la côte, entre l'embouchure de la Gironde et le Cap Ferret (sur le bassin d'Arcachon). Suite à l'accident que j'ai eu quelques jours plus tard, et qui m'a rendu partiellement invalide, j'ai été privé d'ordinateur pendant deux mois et demi, et n'ai pu continuer à écrire.
En fait, nous sommes bien partis, mon amie et moi, pour aller marcher un temps le long de cette côte sauvage, seuls avec nous mêmes et la mer. Nous avions une contrainte de timing, et avions raccourci le projet à environ quatre jours. Nous partons finalement de Lacanau et prévoyons de faire un aller par la plage et retour par la forêt.
Nous chargeons les sacs à dos, fermons la voiture, et prenons la direction de la plage. C'est la fin de l'après midi, nous sommes en mai, il n'y a quasiment plus personne. L'horizon de la mer, le sable à perte de vue, et la marche silencieuse. La joie d'être là se voit dans nos regards. Au loin, une sorte de sculpture ressemble à s'y méprendre à une femme avec un chapeau. En s'approchant, ce n'est qu'un tronc posé sur le sable par la mer avec un filet accroché par un promeneur sans doute. Au bout d'un moment, je repère un chemin dans les dunes pour trouver un coin pour planter la tente. Nous le prenons, quittons la vue sur la mer, et redescendons vers la forêt de pins. Trop près de l'océan, nous entendrions le bruit des vagues toute la nuit, ce qui, pour l'avoir vécu jeune, m'empêcherait de dormir. Nous trouvons un endroit retiré et plantons la tente. Puis je sors le réchaud et prépare une soupe. Manger par terre, ici du sable, avec le minimum pour vivre, est pour nous le comble du bonheur. On entend le vent léger dans les pins, au loin la mer, et le silence enveloppant de la nature. L'ombre gagne, et avec elle la fraîcheur. La tente est la protection la plus légère qui soit, mais donne à l'intérieur une sensation d'intimité chaleureuse. Nous nous endormons comme des bienheureux.
Nous reprenons en sens inverse le chemin fait la veille. Cette aventure sur les bords de l'océan attendra encore, moi qui en rêvait depuis si longtemps! Quand la vie ne veut pas, ce n'est pas la peine d'insister.
Le temps est magnifique, la plage déserte, nous marchons en silence. Heureusement que la voiture est proche, que nous ne sommes pas dans un endroit perdu en attente d'un transport en commun. Nous retrouvons Lacanau et pouvons téléphoner. Le retour en voiture a un autre goût.
Nous avons de nouveau dormi au bord de l'océan, le temps d'un week end, mais je me demande si nous trouverons une semaine de liberté, hors vacances, pour accomplir ce vieux rêve.
En fait, nous sommes bien partis, mon amie et moi, pour aller marcher un temps le long de cette côte sauvage, seuls avec nous mêmes et la mer. Nous avions une contrainte de timing, et avions raccourci le projet à environ quatre jours. Nous partons finalement de Lacanau et prévoyons de faire un aller par la plage et retour par la forêt.
Nous chargeons les sacs à dos, fermons la voiture, et prenons la direction de la plage. C'est la fin de l'après midi, nous sommes en mai, il n'y a quasiment plus personne. L'horizon de la mer, le sable à perte de vue, et la marche silencieuse. La joie d'être là se voit dans nos regards. Au loin, une sorte de sculpture ressemble à s'y méprendre à une femme avec un chapeau. En s'approchant, ce n'est qu'un tronc posé sur le sable par la mer avec un filet accroché par un promeneur sans doute. Au bout d'un moment, je repère un chemin dans les dunes pour trouver un coin pour planter la tente. Nous le prenons, quittons la vue sur la mer, et redescendons vers la forêt de pins. Trop près de l'océan, nous entendrions le bruit des vagues toute la nuit, ce qui, pour l'avoir vécu jeune, m'empêcherait de dormir. Nous trouvons un endroit retiré et plantons la tente. Puis je sors le réchaud et prépare une soupe. Manger par terre, ici du sable, avec le minimum pour vivre, est pour nous le comble du bonheur. On entend le vent léger dans les pins, au loin la mer, et le silence enveloppant de la nature. L'ombre gagne, et avec elle la fraîcheur. La tente est la protection la plus légère qui soit, mais donne à l'intérieur une sensation d'intimité chaleureuse. Nous nous endormons comme des bienheureux.
Animal fantastique
Le lendemain, nous prenons notre temps, comme si nous étions seuls au monde. Petit déjeuner, pliage de tente, des duvets, des matelas, répartition du matériel dans les sacs, et nous reprenons le chemin qui conduit à la plage. Arrivé en haut de la petite dune, la sonnerie d'un téléphone se fait entendre, puis un deuxième. Il y a un message, le même sur les deux. La maman de mon amie a fait une chute, s'est cassée le col du fémur, est hospitalisée. Son père est un peu juste avec les enfants. Il faut rentrer!Nous reprenons en sens inverse le chemin fait la veille. Cette aventure sur les bords de l'océan attendra encore, moi qui en rêvait depuis si longtemps! Quand la vie ne veut pas, ce n'est pas la peine d'insister.
Le temps est magnifique, la plage déserte, nous marchons en silence. Heureusement que la voiture est proche, que nous ne sommes pas dans un endroit perdu en attente d'un transport en commun. Nous retrouvons Lacanau et pouvons téléphoner. Le retour en voiture a un autre goût.
Nous avons de nouveau dormi au bord de l'océan, le temps d'un week end, mais je me demande si nous trouverons une semaine de liberté, hors vacances, pour accomplir ce vieux rêve.
mercredi 15 juin 2016
Houangshan
Entre ciel et brume
On dirait une peinture.
Les sommets sont dans le ciel, mais les montagnes flottent dans les nuages.
Juste en face une boule semble posée sur deux pics.
mardi 14 juin 2016
Chemins suspendus
Peut-on imaginer le travail colossal que d'accrocher dans le vide des dizaines de traverses sur ces parois verticales, pour que les touristes qui osent s'y aventurer aient quelques frissons? Côtoyer le vide en quelque sorte, le vide si essentiel dans la tradition chinoise.
dimanche 12 juin 2016
Les monts Huang
Les monts Huang, situés à l'est de la Chine, font partie des monts sacrés en particulier pour le taoisme. Pics de granit, pins et mer de nuages offrent des paysages parmi les plus extraordinaires au monde, prisés depuis des siècles par les artistes chinois. Des moines s'y sont retirés dans des temples au dessus des nuages. S'il me restait un voyage à faire, ce serait celui-là!
Je me suis amusé à mettre en parallèle deux vues de montagnes dans les nuages, une photo et une peinture ancienne. L'une est plus équilibrée que l'autre, pourquoi?
Je vous laisse sentir tout ce qu'inspire cette composition, à la fois pleine de vie et de mystère.
Une grande maîtrise!
On retrouve nos deux monts du début noyés dans un paysage beaucoup plus vaste.
Cette fois on peut se perdre dans la contemplation...
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