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jeudi 9 octobre 2014

Le Paradis

Le Paradis
 
« Depuis l’enfance, j’ai eu la chance de traverser deux mini-dépressions de bonheur et j’attends, tout à fait serein, la troisième. Ça me suffit pour croire en une certaine beauté de la vie et avoir le plaisir de tenter de la filmer sous toutes ses formes : arbres, animaux, dieux, humains… et cela à l’heure où l’amour est vif. L’innocence, le cinéaste en a perdu une partie. C’est si délicat à repérer autour de soi, si difficile à ne pas perdre au tournage. Ma reconnaissance va à ceux que vous regarderez à l’écran. Pour tenir tête au temps, j’ai une parade qui est de fouiller dans mon stock d’émotions et d’images anciennes. Non pour retrouver ce qui ne reviendra pas mais pour deviner dans l’hiver les signes du printemps. Cela permet de recommencer encore une journée d’un pas aisé. » Alain Cavalier 
Le film débute par les images irréelles et magiques d'une mère paon et de son petit, faisant ses premiers pas dans une nature au demeurant paisible. Pourtant l'oisillon ne survivra pas et l'homme à la caméra l'enterrera paisiblement, balisant l'emplacement de la minuscule sépulture par un petit caillou coincé par deux clous dorés au pied d'une souche, gardant ainsi, saison après saison, malgré les intempéries et les changements de la végétation, la trace de cette vie si éphémère. 
Cette scène étrange est le fil conducteur de l'essai fascinant du cinéaste Alain Cavalier, au soir de sa vie, sur les petits bonheurs qu'on se doit d'attraper alors que la mort n'est jamais bien loin. Alain Cavalier, pour ceux qui ne le connaissent pas, est un étonnant cinéaste désormais octogénaire, qui est sensiblement de la génération des grandes figures de la Nouvelle Vague (il fut d'ailleurs l'assistant de Louis Malle).
Alain Cavalier s'est peu à peu débarrassé de tous les artifices du cinéma pour être un cinéaste/ promeneur/ narrateur, puisant son inspiration autant dans la nature qu'au cœur de l'intime avec pour seule compagne une petite caméra DV à peine professionnelle et pourtant faiseuse de miracles.Le Paradis est souvent drôle, parfois extrêmement touchant, et passablement irracontable, ineffable. Tourné sur plusieurs saisons, il mêle observations de la nature (Cavalier est un grand amoureux des animaux, particulièrement des chats qui ont accompagné toute sa vie), évocations de souvenirs intimes, digressions philosophiques ou bibliques agrémentées d'animations simplissimes avec un petit robot et une oie mécanique, captations des enfants et adolescents qui l'entourent lisant des textes splendides, ou réflexions drolatiques sur la redécouverte du plaisir des rollmops (c'est vrai, le rollmops est un plat sous-estimé).
Au final Le Paradis en est vraiment un, pour le spectateur en tout cas. C'est une superbe réflexion sur les bonheurs qui peuvent paraître anecdotiques et qui pourtant remplissent nos vies et nous permettent d'appréhender plus sereinement notre finitude, comme disait l'autre. Et on ressort de cet étonnant film le sourire rivé aux lèvres, comme après une longue randonnée dans une nature vierge, heureux et apaisé.

1 commentaire:

Mabes a dit…

je dirais même un plat très sous-estimés surtout à la crême..que je viens enfin de retrouver près de chez moi !

je vous recommande à tous aussi Still the water (film japonais) et le sel de la terre.
Bon week-end à toute la constellation d'ici !